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« Genèse d'une crise »

Depuis le milieu de l'été 2007, le système financier mondial, et plus particulièrement américain, n'en finit plus d'accumuler les mauvaises nouvelles. Face à cette crise financière sans précédent, les autorités monétaires et fiscales ont utilisé tout ce qui était à leurs dispositions pour tenter d'amenuiser les impacts négatifs de cette crise et ainsi redonner confiance aux investisseurs. Pour le moment, cette stratégie semble fonctionner et les investisseurs tendent à accorder le bénéfice du doute aux autorités publiques pour mettre un terme à la déprime qui affecte les marchés financiers. Cela ne veut pas dire que les problèmes ont disparu, mais les investisseurs ont la ferme conviction qu'il existe une réelle prise de conscience sur la nécessité d'agir de l'ensemble des intervenants au niveau international.

Quelles sont les sources de cette crise? D'une part, les ménages, les banques, les fonds spéculatifs de même que les compagnies d'assurance ont accru leur niveau d'endettement à des niveaux non-soutenables, et la crise financière actuelle résulte en quelque sorte de l'éclatement d'une bulle de crédit généralisée. Par exemple, le niveau cumulé de la dette américaine pour l'ensemble des secteurs est passé de 163% du produit intérieur brut (PIB) en 1980 à près de 350% en 2007. Pour les particuliers, l'endettement atteignait 100% du PIB en 2007, comparativement à 50% en 1980. Pour le secteur financier, le niveau d'endettement passait d'environ 20% en 1980 à 116% du PIB en 2007. Dans le cas particulier des banques, les règles classiques imposent à celles-ci de détenir un dollar de capital pour environ 20 dollars d'actif. Mais au cours de la dernière décennie, pour plusieurs d'entre elles, ce ratio gravitait souvent autour de 50, ce qui les rendait particulièrement vulnérables aux fluctuations du prix de leurs actifs. Dans un contexte de hausse généralisée du prix des actifs, de tels nivaux d'endettement pouvaient paraître soutenables. Toutefois, la bulle immobilière éclatait en 2006 aux États-Unis et face à une baisse  marquée du prix des maisons, plusieurs ménages fortement endettés ont été dans l'obligation de déclarer faillite.

En parallèle au développement de la bulle immobilière, le marché pour les innovations financières s'est avéré très lucratif et les institutions financières ont proposé toute une gamme de produits visant à gérer les risques d'une façon plus efficace. La titrisation est alors devenue une stratégie largement utilisée pour disséminer les risques de défaut dans le marché des prêts hypothécaires (la titrisation consiste en la possibilité pour un créancier de se défaire de ses créances en les vendant sur les marchés). Toutefois, les produits financiers qui en résultent sont extrêmement difficiles à évaluer et suite à l'éclatement de la bulle immobilière, un doute s'est créé quant à leur valeur réelle. Par conséquent, la majorité de ces actifs sont devenus subitement très difficiles à liquider et les institutions financières, déjà lourdement endettées, ont vu leur marge de manœuvre fortement réduite pour l'émission de nouveaux crédits. C'est dans ce contexte que les autorités monétaires et fiscales ont proposé diverses mesures dans le but de faciliter le marché du crédit, en offrant des crédits supplémentaires aux banques ou en rachetant les actifs douteux dont personne ne veut. On analysera dans notre prochaine chronique de façon plus précise ces plans qui ont été proposés.

 

 


 

David Tessier

par David Tessier, professeur

Département des sciences administratives